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Just a Finger : Galerie Littéraire
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Just a Finger : Galerie Littéraire
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14 janvier 2021

Ne vous dérangez pas, le temps ne fait que passer

 

 

Toutes les liaisons sont sans le lendemain,
mais il faut parfois du temps pour s' en rendre compte.
Vassilis Alexakis, L'enfant grec 

petergartmann-whenthesnowfalls-09

Mort de Vassilis Alexakis, écrivain franco-grec et « homme émerveillé »

Le romancier et journaliste est mort à l’âge de 77 ans, lundi.
Il écrivait aussi bien en français qu’en grec et avait obtenu
le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2007 pour « Ap. J.-C. ».


Dans son dernier roman publié, La Clarinette (Seuil, 2015),
un livre sur la mort de son éditeur de toujours Jean-Marc Roberts et le coma de son pays,
la Grèce, en crise économique aiguë, Vassilis Alexakis raconte à son ami une histoire pour le distraire.

« J’ai reçu à Athènes la lettre d’une femme qui me croit mort », lui explique-t-il.
L’épistolière fait l’éloge de ses derniers livres.
« Mais vers la fin de sa lettre, elle présente ses condoléances à ma femme
car elle vient de découvrir que je ne suis plus de ce monde.
Elle a l’air sincèrement navrée de ma disparition. »

La correspondante peut reprendre sa lettre.
Vassilis Alexakis est bien mort, lundi 11 janvier 2021, à l’âge de 77 ans,
a annoncé son éditeur grec Metaixmio.

La mort est omniprésente dans son œuvre.
Mais il la prend plutôt à la légère qu’au tragique.
« La mort l’amuse », constatait son ami l’ethnologue Jacques Meunier.

petergartmann-theendoftime-08

Jacques Meunier définit ainsi sa méthode :
« Alexakis est un homme émerveillé. Il ne vit pas sur un tas d’or, non. Il a trouvé seul son propre filon :
lui-même.
Il est comme un double à la recherche incessante de son être.
Il s’est pris en filature. Roman après roman, l’enquête progresse. » 

petergartmann-whenthesnowfalls-11 

J'ai profité de sa présence pour lui demander si les journées des petits enfants
sont plus courtes ou plus longues que les nôtres.
- Plus courtes, je pense.
La vie surprend continuellement les enfants.
"T'as vu ça ?" disent-ils sans cesse à leurs parents.
Ils vivent dans un conte de fées.
Ils ne sont pas encre lassés de voir le jour se lever.
Oui, je pense que le temps passe bien plus vite pour eux que pour nous, qui ne voyons plus rien."

Vassilis Alexakis, La clarinette 

petergartmann-theendoftime-13 

Notre société voit le mal partout.
Elle craint son ombre.
As-tu remarqué que les gens se retournent souvent dans la rue ?
L'écho du moindre bruit nocturne rebondit sur tous les objets et finit par prendre des proportions fantastiques.
Nous avons peur des chats.

[...]

Le mot « fou » nous l’avons pris au français, mais nous l’avons développé, enrichi.
Nous lui avons ajouté trois syllabes !
Il est devenu fufulafu !
Il exprime mieux l’état de folie sous cette forme, vous ne trouvez pas ?

Vassilis Alexakis, Les mots étrangers

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« Quand j’étais petit, je pensais que les morts nous regardaient du haut du ciel.
Je croyais que les étoiles étaient leurs cigarettes allumées.
Et quand je voyais filer une étoile, je me disais :
“Tiens, il y a un mort qui vient de jeter son mégot pour aller dormir” »

[...]

« Quel objet voudrais-tu qu’on dépose sur ta sépulture ?

– Un cendrier, puisqu’il y en a toujours eu dans mon environnement.
Il me plairait assez que les visiteurs du cimetière l’utilisent pour écraser leur cigarette.
Cela assurerait un minimum d’animation à mon tombeau, cela me permettrait aussi de retrouver de temps en temps l’odeur du tabac.
Ce n’est pas encore interdit de fumer dans les cimetières, n’est-ce pas ? » 

Alain Salles, Mort de Vassilis Alexakis, écrivain franco-grec et « homme émerveillé » 

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Quand ai-je couru pour la dernière fois
Il me semble que c'était à Tinos, je ne me rappelle pas avoir jamais couru à Athènes.
Je songe à la vieille ruelle sinueuse bordée d'échoppes qui monte vers l'église de l'Annonciation.
Ai-je vraiment bousculé une femme et failli renverser une corbeille pleine de flacons en plastique ?
On le vend aux pèlerins qui y recueillent l'eau de la source jaillissant sous le sanctuaire.
Cette eau aussi à la réputation d'être miraculeuse.
Il est vrai qu'elle ne tarit pas, ce qui, dans une île relativement aride, constitue déjà un petit miracle.

Vassilis Alexakis, Ap. J.-C. 

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Je n’aurais pas prêté autant d’attention à Marguerite
si je n’avais pas été disposé à vivre une histoire palpitante comme celles qu’on lit dans les livres.
Je suis tombé amoureux d’elle chez moi, bien avant de la rencontrer.
Marguerite a très vite changé mon humeur. Notre relation limitait certes mon indépendance, mais cela ne me dérangeait pas car j’étais joyeux. Notre histoire me semblait exceptionnelle et je craignais qu’elle ne dure pas. J’avais du mal à me persuader qu’elle était amoureuse de moi. Je n’avais pas l’impression que ma vie était devenue plus rangée, mais plutôt qu’elle traversait une période d’incessantes perturbations. Je m’étais engagé dans une aventure certainement plus dangereuse que celles que j’avais connues, mais infiniment plus attrayante.

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J’ai l’intuition que l’amour fou dissimule une idéologie conservatrice.
Qu’est-ce qu’ils veulent donc les amoureux ?
Une petite maison où ils seront tranquilles.
Les grandes amours rêvent d’une petite vie.

Les obligations familiales de Marguerite protégeaient mon mode de vie,
me donnaient l’assurance qu’elle ne me demanderait rien de plus que ce que je pouvais lui apporter.
Paradoxalement, notre liaison s’est épanouie très vite justement parce qu’elle était entourée d’obstacles. Nous aurions dû prévoir qu’elle finirait par se heurter aux limites qui avaient favorisé son épanouissement. Nous avons créé une relation ambiguë, à la fois prudente et enflammée. Nous avons eu le tort de croire que nous pouvions héberger un grand amour sans changer de vie.

Nous n’aimons pas les femmes parce qu’elles sont belles, elles sont belles parce que nous les aimons.

Les histoires d’amour sont faites de mots.
Ce sont les mots qui leur donnent vie, qui les nourrissent.
Ce n’est pas surprenant que les amoureux passent tant de temps au téléphone.

Je trouve que j’ai exposé mes espérances et mes chagrins avec suffisamment de détails.
Les mots commencent à se lasser de moi.

Vous vous demandez si vous êtes amoureux d’une femme dont les sentiments vous inspirent des doutes.
Mais la vie, mon cher, n’a rien à vous offrir de plus beau que cette incertitude.
Il faut donc la vivre jusqu’au bout.

Vassilis Alexakis, Le cœur de Marguerite 

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Comment en sommes-nous arrivés à parler des femmes ?
Il s'est souvenu d'un grand amour qu'il avait vécu des années auparavant.
- Notre liaison s'est achevée tristement, a-t-il conclu.
Elle est partie en me disant « Il faut m'oublier ».
Il avait perdu son sourire.
Il s'est tu un moment, penché sur son plat auquel il n'avait pas touché.
Je suis certain qu'il n'aurait rien ajouté d'autre à propos de ce drame si je n'avais pas eu la bonne idée de lui poser cette question :
- Et toi, qu'est-ce que tu lui as répondu ?
- Je lui ai dit : 
« Je t'oublierai tous les jours »
, a-t-il ajouté d'une voix éteinte.

Vassilis Alexakis, Je t'oublierai tous les jours

site-from-tinos-island-george-siaba

Un tantinet
Intemporel
Juste
Un temps Tinos

©   Justinius Digitus, Hanté Tant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ne vous dérangez pas, le temps ne fait que passer.
Βασίλης Ἀλεξάκης, Aller-Retour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peinture : George Siaba
Photographies : Peter Gartmann

 

 

 

 

 

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